Les correspondances de Leopold [2]

Leopold Mozart par Pietro Antonio Lorenzoni (1721-1782)

« […] Monsieur, mon très cher ami ! Après avoir donné un concert à Bruxelles, auquel assista le prince Karl, nous partîmes le jour de ma fête (15 novembre) à 9 heures avec 4 chevaux de poste, en prenant tristement congé de tant de bons amis ; le soir, nous sommes arrivés à Mons alors qu’il faisait encore grand jour, le 2e jour, de bonne heure également à Bonavis, le 3e à Gournay et le 4e à 3 heures et demie à Paris. Il faut que je vous dise que l’on trouve toutes les heures un relais de poste, car d’abord ils sont proches et l’on marche toujours au galop. La route de Bruxelles à Paris est étonnamment chère. De Bruxelles à Valenciennes, les postes sont brabançonnes et l’on paye pour chaque cheval 3 escalins ou 45 kr allemands. Par contre, elles ne sont guère plus de deux heures. Dès qu’on est à Valenciennes, il faut prendre 6 chevaux, il n’y a pas à discuter. On paye 25 sols par cheval, c’est à dire une livre et 5 sols, environ 30 kr allemands. On reçoit en échange 2 valets de postes qui présentent à chaque poste les hôtes de marque, car chacun s’habille à son gré : parfois, je pensais qu’il s’agissait de quelques colporteurs, parfois de quelques garnements sortis d’une comédie, parfois de quelques âniers italiens, de perruquiers égarés, ou de laquais ou camériers en fuite et en quête de patrons, parfois encore de quelques adjudants en rupture de service, par ailleurs des gens grands et forts qui ne voyagent pas autrement que si nous étions l’armée impériale poursuivie par un corps d’armée prussienne. On a une assez grande peine à subvenir aux besoins des cochers afin qu’ils ne nous laissent pas en plan et que les roues ne se déjantent pas ; et il faut rattacher les bagages à chaque station, lorsqu’ils ne sont pas tenus très solidement, sinon, tout se rompt et s’abîme… ».

Extrait d’une lettre datée du 8 décembre 1763 et postée de Paris pour Salzbourg, écrite par Leopold Mozart à Lorenz Hagenauer. Édition chez Flammarion par Geneviève Geffray.