Notes sur Fontenay sur Loing

par Madeleine Fouché (1896-1992)

La proximité du Loing, guéable en plusieurs endroits et celle de Ferrières, riche en eau ferrugineuse, dut de toute antiquité retenir des populations gauloises vivant de pêche et du travail du fer.

La présence romaine est prouvée en maints endroits de la région : amphithéâtre et thermes de Montbouy et plus près de Fontenay, la ville balnéaire de Aquae Segetae (près de Sceaux du Gâtinais) pour ne citer que ceux-là. À Fontenay même, un pont romain appelé jadis pont de César comme celui de Dordives, permettait la liaison Sens – Orléans par le chemin de César qui fait de nos jours la séparation des deux départements : Loiret et Seine et Marne.

LE PONT – Quoique rompu et reconstruit plusieurs fois au cours des siècles, il avait conservé, jusqu’en 1944, du moins au-dessus de la rivière, sa structure de pont romain aux nombreuses petites arches rondes. À l’origine, il en possédait, dit Dom Morin, 120 et se prolongeait au-dessus des prés, bien au-delà de la rivière, ses arcades diminuant progressivement de hauteur jusqu’à rattraper le niveau du chemin conduisant à Chateau-Landon par Nargis. La dernière était encore visible sur le bas-côté de la route à l’époque de la deuxième guerre mondiale. En 1944, il fut miné par les Allemands, sauta et fut remplacé après la guerre par le pont actuel.

L’énorme platane qui se trouve à l’entrée du pont est un survivant des nombreux « arbres de la liberté » plantés en 1848.

Ancien pont romain et arbre de la liberté © Coll. F. Basty

Ancien pont romain et arbre de la liberté
© Coll. F. Basty

LA « MUTATIO » – La voie romaine, la rivière et son pont formaient un lieu stratégique que les Romains ne pouvaient manquer de surveiller, aussi avaient-ils installé à Fontenay une « mansio » (logis d’étape) ou plus probablement une « mutatio » c’est-à-dire une sorte de relais de poste occupé militairement avec dépôt d’armes et de chevaux. Le souvenir en était conservé par la porte romaine qui existait encore, il y a quelques années entre les maisons portant les n°18 et 20 de l’avenue de la République (ex. N. 7). Un camion entrant dans la cour ayant abimé le haut de cette porte, on préféra la démolir plutôt que de la réparer, faisant ainsi disparaître à jamais un témoin historique.

LE VILLAGE – Au Moyen Âge et dans les temps modernes jusqu’au 18ème siècle, Fontenay fut un village de « compagnons de rivière » comme l’indique Dom Morin. Le Loing, avant la création du canal était en effet plus ou moins navigable malgré ses crues saisonnières, son peu de profondeur et ses nombreux moulins. On y faisait du flottage et des transports en bateaux à fond plat. Un port existait à Fontenay.

Le village, tapi au pied de la colline, se groupait autour de sa vieille église au porche obscur, au grand toit de tuiles tombant d’un côté presque jusqu’à terre. Un charmant petit dessin en était conservé dans une famille du pays. Le presbytère s’ouvrait par une porte de pierre sur la petite place devant l’église limitée par le ru St Victorin et comprise actuellement entre la voie du chemin de fer et le lavoir communal. En aval le ru faisait tourner un petit moulin avant de passer sous la grande route et se jeter dans le Loing. Il fait partie maintenant d’une propriété privée.

L'établissement de la voie ferrée vers 1860 fit abattre l'église et reporter le cimetière qui l'entourait au-delà de la voie à flanc de coteau

Vieille église de Fontenay: un charmant petit dessin en était conservé dans une famille du pays
© Coll. P. Fillol

L’établissement de la voie ferrée vers 1860 fit abattre l’église et reporter le cimetière qui l’entourait au-delà de la voie à flanc de coteau.

Il y avait deux auberges: St-Nicolas qui occupait les bâtiments correspondants au n° 20 actuel de l’avenue de la République, c’est-à-dire la très ancienne « mutatio » romaine dont il a été question plus haut, et la « Croix Blanche » dont l’emplacement est inconnu.

Les fourches patibulaires (le gibet) se dressaient au sommet de la pente qui domine le passage à niveau de façon à être vues et de la route royale Paris-Lyon et de la route joignant celle-ci à Ferrieres (le chemin du Castel actuel).

DEUX ANCIENNES FAMILLES

L’ANCIENNE ET LA NOUVELLE ROUTE DE PARIS

Au 17ème siècle, deux familles importantes habitaient Fontenay : les Lofficial et les Desprez de Grand’Maison.

Aux Lofficial appartenait tout l’espace compris selon la toponymie actuelle entre : au Nord le ru St-Victorin, au Sud la rue de l’église, à l’Ouest les avenues de la Libération et de la République, enfin à l’Est : le chemin du lavoir et ce qui fut la place de l’église. Situation établie devant Me Jomat, notaire à Ferrières entre 1660 et 1700 environ.

Quant aux Desprez de Grand’Maison alliés aux Desprez seigneurs de Préfontaines, ils occupaient un manoir face au Loing, à « une portée d’arquebuse de l’église » nous apprend Dom Morin. Son dernier propriétaire, Edmée Desprez dont les deux vieilles tantes célibataires se sont ruinées pour lui acheter un régiment, le vendit vers 1700 lorsque la vieille route postale par Château-Landon et Préfontaines fut abandonnée pour « le grand chemin de Nemours à Montargis » (actuelle N. 7 dans son tracé avant la dernière guerre, car elle fut déviée après 1945 pour éviter 2 passages à niveau). Le relais de poste de Fontenay remplaçant celui de Préfontaines fermé, s’installa dans ce manoir et ses dépendances sous la direction de maître Nicolas Petit. Il comprenait le relais lui-même (le n° 16 de l’avenue de la Libération correspond à l’ancienne ferme du relais ; le n° 14 – objet du présent projet – correspond à ce qui était la maison personnelle du maître de poste et à l’écurie qui venait jadis jusqu’au grand chemin), un hôtel – l’Écu de Fontenay (aujourd’hui le n° 12) et une auberge pour les rouliers (n° 10).

Le Loing et la Vieille Poste © Coll. F. Basty

Le Loing et la Vieille Poste
© Coll. F. Basty

C’est l’ensemble de ces quatre maisons qui constitue le lieu-dit: « la Vieille Poste ».

L’installation d’un relais de poste changea les activités des habitants. De mariniers et pêcheurs, ils devinrent postillons, palefreniers, charrons, bourreliers, maréchaux-ferrants, etc. pour les besoins de la poste aux chevaux et la population augmenta.

LE CHEMIN DE CÉSAR

Il faut encore signaler comme souvenir historique que, sur le territoire de la commune, dans la vallée de la Cléry, de l’autre côté de la colline qui domine à l’Est le village, existe toujours un chemin, moitié sur Fontenay, moitié sur Ferrières qui a gardé son nom sur son tracé Ferrièrois mais que Fontenay a débaptisé en l’appelant « chemin de  la Cléry ». Son vrai et ancien nom est « chemin de la Chaine » et évoque le passage de la « chaîne » des forçats menés aux galères depuis Paris (exactement Bicêtre) jusqu’à Toulon. Ce Chemin étant parallèle à la route postale au moins de Dordives à Montargis, était utilisé pour éviter d’encombrer la route postale et de faire traverser les villages par cette misérable chaîne.

Et le lieu-dit « Maison Rouge » a dû avoir autrefois une auberge formant un lieu d’étape et de repos pour les forçats et leur escorte.

Le nom de « Maison Rouge » en est une preuve.

 

© 1983 Madeleine FOUCHÉ

Sources : recherches personnelles, actes notariés, Dom Morin et tradition familiale. Note complémentaire : « le Passage de la chaîne sur une route de France » p. 26

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